Médias | Canal esport club
Les réseaux sociaux
  • Oops! Aucun résultat

    Mitsuhide : « Être joueur pro, ça ne me convient peut-être pas »

    Le Canal Esport Club est allé à la rencontre de Louis « Mitsuhide » Bremers, jeune joueur d’Hearthstone. Le Néerlandais nous parle de ses débuts, ses coups d’éclats et ses déboires dans un portrait en trois parties. Dans ce dernier volet, Mitsuhide évoque ses doutes et la difficulté à subsister dans un secteur encore balbutiant.

    [À lire avant tout, la première et la deuxième partie du portrait !]

    2017 : la désillusion

    Succès sous les couleurs de GamersOrigin, deuxième place à Lille… la France semblait sourire à Louis Bremers. Mais les cartes ont leurs raisons que la raison ne connait point. En ce début d’année, Mitsuhide ne brille pas. Il échoue en ronde suisse lors de la DreamHack Tours et du Montpellier eSport Show. En ligne, il rate les qualifications d’hiver pour la BlizzCon et n’est même pas éligible pour l’étape de printemps. À l’international, la consolation est maigre, avec un top 12 à la PAX de Boston.

    L’échec a cette fâcheuse tendance à saper le moral, surtout quand il s’étale sur des mois et des mois. Des idées noires, Mitsuhide en nourrissait déjà lorsque tout lui réussissait : “J’étudie à l’université en parallèle de ma carrière sur Hearthstone. J’ai choisi une branche qui demande de s’investir : l’intelligence artificielle. Entre la préparation et les déplacements en tournoi, j’ai manqué beaucoup de cours depuis le début de l’année. Hearthstone me prend énormément de temps.”

    Mitsuhide à Tours, avant de participer au tournoi de la DreamHack. Crédit : Louis Bremers.

    Quand le jeu n’en vaut pas la chandelle

    Sur certains jeux compétitifs, une élite très réduite gagne relativement bien sa vie. Les salaires des meilleurs joueurs pourraient même aujourd’hui faire quelques jaloux, mais le phénomène n’en reste pas moins très marginal.

    En outre, Hearthstone occupe un statut à part car le hasard y est un élément prépondérant. Le niveau d’un joueur ne va donc pas se mesurer à ses performances isolées, mais à sa régularité sur une, voire plusieurs saisons.

    Seulement voilà, rares sont les véritables compétiteurs qui bénéficient d’un revenu régulier sur le jeu. Les équipes couvrent les frais de déplacement et octroient de petits bonus, certes. Mais ceux qui parviennent à en vivre sont en général des personnalités influentes, appréciées pour leur caractère et leur entrain plutôt que pour leur maîtrise du jeu.

    En bon pragmatique, Mitsuhide n’a que trop conscience de cette réalité :

    Des fois, je me dis qu’il y a mieux à faire que de jouer à un jeu vidéo toute la journée. J’ai l’impression de passer à côté de plein de choses dans la vie. Même quand je gagnais beaucoup de tournois, j’y pensais. Mais je me disais que c’était dommage de tout gâcher, parce que j’étais bon, que j’avais du talent et que je réussissais. Et quelque part, je me sentais obligé de continuer à cause de ça. Je sais que ça a l’air très présomptueux, dit comme ça, mais c’est ce que je ressentais. Aujourd’hui, je ne sais plus trop. Être joueur professionnel, ça ne me convient peut-être pas tant que ça.

    Hearthstone comme vecteur social

    Louis ajoute qu’il aimerait davantage profiter de ses amis en dehors du microcosme d’Hearthstone. Mais n’est-ce pas justement le fardeau de n’importe quel athlète de haut niveau ? Limiter ses relations à une bulle, investir tout son temps dans une seule passion ?

    Et Mitsuhide de répliquer en riant : “si j’étais un athlète sportif, ce serait beaucoup plus simple ! C’est un métier qui est réellement accepté socialement. Mais joueur de jeux vidéo ? Pas vraiment, en tout cas pas aux Pays-Bas. Peut-être que ça changera un jour. En tout cas, si demain je vais à une soirée, je ne me présenterai jamais comme tel à une fille. Je n’oserais pas.”

    Heureusement, tout n’est pas sombre pour Mitsuhide dans son rapport au jeu. Dans le cadre d’une association universitaire, il entraîne et conseille une petite équipe sur Hearthstone lors d’événements mineurs. Rien d’incroyable en terme de niveau, mais une aventure plus humaine, peut-être moins déconnectée de sa réalité de jeune étudiant. Il a également retrouvé un intérêt pour le jeu lui-même avec l’arrivée d’une nouvelle extension : Voyage au centre d’Un’Goro.

    L’extension est sortie depuis six semaines et pourtant je ressens encore un sentiment de fraîcheur, de nouveauté. La méta ne s’est pas encore figée. Jamais autant de classes n’ont été jouables en même temps. C’est le paradigme idéal pour que les meilleurs joueurs tirent leur épingle du jeu, car on s’éloigne un peu du système “pierre-feuille-ciseau” habituel”.

    Louis représente aussi les Pays-Bas aux HGG, compétition par équipe organisée par Blizzard. Une expérience intéressante selon lui, car elle exige un sens aigu du collectif et de la collaboration. “Il faut jouer avec les autres et apprendre à communiquer. Ce n’est pas évident de prendre des décisions sur Skype à quatre en même temps, ça ajoute une dimension supplémentaire. C’est un vrai défi, nous confie-t-il”.

    Mitsuhide en compagnie de Thijs, Tyler et Trebzilla lors des qualifications d’hiver aux HCT.

    Et après ?

    Malgré tout, le quotidien reste difficile pour Mitsuhide. “Suis-je en train de perdre mon temps ? De compromettre mon avenir ?”. Ces questions, plus d’un joueur professionnel se les est déjà posées. Et il se peut qu’un jour prochain, Louis choisisse de clore cette parenthèse, de reprendre ses études à plein temps, de suivre une voie plus académique.

    Mais une fois installé dans sa nouvelle routine, il se peut aussi qu’il se surprenne à rêver de son ancienne vie. Une vie faite de voyages, où il a pu rencontrer des compétiteurs venus des quatre coins de la planète. Où il a goûté à la victoire et partagé des moments privilégiés avec ses équipiers, même si ça lui revenait cher en ordinateurs portables à force de les oublier à chaque événement.

    Peut-être même lancera-t-il une petite partie d’Hearthstone entre deux cours de maths en se disant : “C’était quand même sympa !”.

    Crédit bannière : DreamHack & Hugo Brionne – JK Groupe.

    À la une

    Ne rien manquer de l'actualité ESport

    Best Moves

    Par amour du beau jeu !

    Utilisation des cookies

    Découvrez comment fonctionnent les cookies et comment changer vos paramètres. Si vous continuez à utiliser notre site sans changer vos paramètres, vous consentez à l’utilisation de cookies sur notre site.