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    Le speedrun, c’est de l’esport ?

    Aujourd’hui, le CEC flirte avec les frontières et se pose la question suivante : “Est-ce que le speedrun, c’est de l’esport ?”

    Souvenez-vous, nous avions abordé le thème du speedrun à l’occasion de l’AGDQ 2016. Petite piqûre de rappel : un speedrun consiste à terminer un jeu le plus vite possible. Il en existe différentes variantes, comme le “any%”, où le but est d’atteindre la fin du jeu par tous les moyens possibles, ou le “100%”, où il faut finir un titre de fond en comble.

    Le même goût de l’effort

    La discipline comporte donc une composante de performance : il s’agit d’établir un record. C’est un exercice qui demande de la dextérité, de l’endurance (certains speedruns peuvent durer plusieurs heures !) et beaucoup d’entraînement. Mais pouvons-nous pour autant inclure le speedrun dans la catégorie de l’esport ? Pour répondre à cette question, la rédaction est allée à la rencontre de RealMyop, créateur de l’émission Speed Game et designer de mode speedrun :

    Tout dépend de la définition d’“esport” que l’on adopte. Si on en croit la loi pour une République numérique, une compétition de jeu vidéo doit confronter au moins deux joueurs ou deux équipes de joueurs pour un score ou une victoire. Donc, en ce sens, ce n’est pas de l’esport, car il n’y a pas de confrontation directe. Les joueurs ne peuvent pas influer sur ce que font leurs adversaires, chacun se bat contre le jeu et non contre les autres.

    Pourtant, le speedrun comprend une notion de compétition, même si celle-ci est indirecte. Les “runners” s’affrontent par records interposés. Ils participent aussi à des “races”, où l’objectif est de terminer le jeu avant l’autre après un départ simultané. Un exercice qui rappelle certains sports plus traditionnels :

    “J’ai toujours comparé le speedrun à l’athlétisme. On y retrouve la même notion de performance, de dépassement de soi. Les actions de l’un n’ont pas d’impact sur le résultat de l’autre : contrairement à la boxe, on ne peut pas lui mettre de coup. Cela génère un esprit d’entraide et de partage. Pour moi, c’est bel et bien un sport, à défaut d’être un esport.”, affirme RealMyop.

    Une base différente

    La communauté des speedrunners occupe ainsi une place à part. Il y règne une forme d’empathie qui n’est pas toujours présente dans celle de l’esport. Par exemple, lorsqu’un “runner” découvre une stratégie lui permettant de terminer un niveau plus rapidement, il aura tendance à la partager avec ses pairs. “C’est même mal vu de garder ce genre de petit secret !” précise RealMyop. “Et puis de toute manière, tous les “runs” sont enregistrés, donc les gens finissent toujours par s’en rendre compte”.

    À l’inverse, dans l’esport, les grandes productions mettent l’accent sur les rivalités entre les joueurs et les équipes. Ça se titille, ça se cherche et c’est normal : c’est le propre de l’opposition. Si RealMyop y voit un “parallèle avec le catch”, nous pouvons facilement en établir un autre avec la NBA, où le trashtalking fait partie intégrante de la culture.

    La communauté elle-même se revendique d’un bord différent. Souvent, les amateurs de speedrun n’aiment pas être associés à l’esport. Pour eux, c’est un secteur qui est en proie aux grandes marques et qui a perdu son identité. À l’inverse, les événements organisés autour du speedrun sont souvent à but caritatif, à l’image de l’AGDQ.

    La niche dans la niche

    Une dernière différence majeure subsiste entre esport et speedrun : le design des jeux eux-mêmes. League of Legends, Overwatch et autres DOTA 2 sont conçus en grande partie pour satisfaire les joueurs compétitifs. Une équipe entière de développement veille à l’équilibrage et travaille au renouvellement permanent du jeu.

    En revanche, le propre d’un jeu n’est pas d’être “speedrunné”, mais d’être joué. Que ce soit un Zelda, un Mario ou un Metroid, ces jeux n’ont pas été créé dans le but d’être finis le plus vite possible. À défaut d’éditeur pour dicter les grandes lignes, c’est donc la communauté qui s’auto-régule. Cependant, les frontières de cette discipline sont en train de changer.

    Ainsi, certains jeux – comme Splasher – prennent aujourd’hui en compte la composante du speedrun et conçoivent leurs niveaux en accord avec cette pratique. RealMyop fait d’ailleurs partie d’un comité d’experts en charge d’aider les développeurs à inclure une dimension speedrun à leurs créations.

    Même si les sphères du speedrun et de l’esport coexistent à travers leur dimension sportive, elles ne font que se toucher. Leur origine, leur communauté et le caractère souvent indirect du speedrun ont plutôt tendance à éloigner ces deux ensembles. En attendant, cela n’empêche pas certains rapprochements : les spectateurs pourront ainsi profiter de séances de speedrun lors de la prochaine DreamHack Summer entre deux parties de Counter Strike !

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